Depuis quelques mois, le sujet est partout : Wegovy, Mounjaro, Ozempic… Ces injections hebdomadaires, issues de la famille des agonistes du GLP-1, ont révolutionné la prise en charge de l’obésité et du diabète de type 2. Et depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro sont même remboursés à 65 % par l’Assurance Maladie pour les patients en obésité sévère ou massive (arrêtés du 23 mai 2026).
Beaucoup de patientes que je reçois me posent la même question : « Si je suis sous Wegovy, ai-je encore besoin de voir une diététicienne ? »
La réponse est claire : oui, plus que jamais. Et ce n’est pas moi qui le dis en premier — c’est ce que montrent aujourd’hui les études scientifiques les plus récentes sur le sujet.

Comment fonctionnent ces traitements ?
Le sémaglutide (Wegovy, Ozempic) et le tirzépatide (Mounjaro) imitent une hormone naturelle, le GLP-1, sécrétée par l’intestin après les repas. Cette hormone agit sur le cerveau pour réduire la sensation de faim et ralentit la vidange de l’estomac. Résultat : l’appétit chute fortement, parfois de 30 à 50 %, et les patients mangent naturellement beaucoup moins.
C’est ce mécanisme qui explique l’efficacité de ces traitements, avec des pertes de poids moyennes observées de 15 à 21 % du poids initial dans les essais cliniques. Une avancée thérapeutique réelle, en particulier pour les personnes en situation d’obésité sévère.
Le point que l’on oublie trop souvent : perdre du poids, ce n’est pas perdre de la graisse
C’est là que le rôle du suivi diététique devient central. Quand on mange moins sans y prêter attention, le corps ne puise pas uniquement dans ses réserves de graisse — il puise aussi dans les muscles.
Plusieurs études récentes convergent sur ce point :
- Une étude publiée dans The Lancet Regional Health a mis en évidence qu’entre 25 et 39 % du poids perdu sous GLP-1 peut correspondre à de la masse maigre (muscle), lorsqu’aucune stratégie de préservation musculaire n’est mise en place.
- Une étude présentée au congrès international ENDO 2025 (Harvard Medical School) a montré que ce risque de fonte musculaire est encore plus marqué chez les femmes et les personnes plus âgées.
- À l’inverse, une étude portant sur 200 patients (congrès ECO 2025) a montré qu’un accompagnement combinant apport protéique suffisant et suivi régulier permettait de réduire la perte musculaire à environ 3 % du poids initial, contre plus de 13 % sans accompagnement.
Pourquoi cela se produit-il aussi souvent ? Tout simplement parce que la chute d’appétit touche tous les aliments de la même façon — y compris les sources de protéines, souvent les premières délaissées en cas de nausées ou de satiété précoce, deux effets secondaires fréquents en début de traitement.
Les autres risques d’une perte de poids « non accompagnée »
Au-delà de la masse musculaire, manger moins sans être accompagné peut aussi entraîner :
- Des carences nutritionnelles (fer, vitamines B12, D, calcium…), du fait de la réduction drastique des quantités ingérées
- Une déshydratation, car la baisse d’appétit s’accompagne souvent d’une baisse de la sensation de soif, ce qui peut aggraver la fatigue, la constipation et les maux de tête déjà fréquents sous traitement
- Une reprise de poids importante à l’arrêt du traitement. Les données disponibles montrent qu’une proportion élevée de patients reprend une partie significative du poids perdu dans l’année suivant l’arrêt du médicament, notamment lorsque les habitudes alimentaires n’ont pas été durablement modifiées pendant le traitement
C’est précisément ce dernier point qui est, à mon sens, le plus important à comprendre : le médicament traite le symptôme (l’appétit), mais ne rééduque pas votre rapport à l’alimentation. C’est ce travail de fond, que je fais avec mes patientes, qui permet de consolider les résultats sur le long terme — traitement ou pas.
Ce que permet concrètement un accompagnement diététique pendant le traitement
Quand j’accompagne une patiente sous GLP-1, mon rôle n’est pas de me substituer à son médecin ou de me prononcer sur le traitement médicamenteux — cela reste entièrement du ressort du prescripteur. Mon rôle est de travailler sur ce que la médecine ne couvre pas :
- Structurer les repas pour garantir un apport en protéines suffisant malgré la baisse d’appétit, réparti sur la journée
- Prévenir les carences, en identifiant les groupes alimentaires les plus à risque d’être délaissés
- Adapter les textures et les quantités en cas de nausées ou d’inconfort digestif, fréquents en début de traitement
- Travailler la relation à l’alimentation en parallèle, pour que les nouvelles habitudes tiennent dans le temps — y compris après l’arrêt éventuel du traitement
- Accompagner la reprise progressive de l’appétit, qui peut survenir en cours de traitement, sans culpabilité ni retour aux anciens schémas alimentaires
Suivi nutritionnel et traitement médicamenteux : deux approches complémentaires, pas concurrentes
Je le vois trop souvent : certaines patientes pensent qu’elles doivent choisir entre « faire les choses par elles-mêmes avec le médicament » ou « se faire accompagner ». Ce n’est pas un choix à faire. Les recommandations d’experts internationaux (notamment la déclaration conjointe de l’American College of Lifestyle Medicine et de plusieurs sociétés savantes américaines en 2025) sont unanimes : un accompagnement nutritionnel professionnel fait partie intégrante d’une prise en charge de qualité sous GLP-1, au même titre que le suivi médical.
D’ailleurs, en France, le remboursement de Wegovy et Mounjaro n’est lui-même accordé qu’après une prise en charge nutritionnelle initiale bien conduite — preuve que les autorités de santé elles-mêmes considèrent ce suivi comme un préalable, et non comme une option superflue.
En résumé
Si vous êtes actuellement sous Wegovy, Ozempic ou Mounjaro — ou si vous envisagez d’en parler à votre médecin — retenez ceci : le traitement peut faire une grande partie du chemin sur la perte de poids, mais ce que vous mangez pendant cette période détermine si cette perte de poids est saine, durable, et sans effets secondaires évitables.
Un accompagnement diététique pendant votre traitement n’est pas un luxe ni un signe que « le médicament ne suffit pas » — c’est au contraire ce qui vous permet d’en tirer le meilleur, tout en protégeant votre masse musculaire et en préparant l’après-traitement.
Cet article a un objectif informatif et ne remplace en aucun cas un avis médical. Le suivi et la prescription des traitements GLP-1 relèvent exclusivement de votre médecin. N’hésitez pas à me contacter pour un accompagnement nutritionnel personnalisé, en complément de votre suivi médical.
SOURCES
- The Lancet Regional Health, 2024 — perte de masse maigre sous agonistes GLP-1
- Congrès ENDO 2025, Harvard Medical School (M. Haines et al.) — risque de perte musculaire selon l’âge et le sexe
- Congrès ECO 2025, étude Peralta-Reich — impact d’un accompagnement combiné sur la préservation musculaire
- Mozaffarian et al., The American Journal of Clinical Nutrition, 2025 — recommandations nutritionnelles conjointes pour la prise en charge sous GLP-1
- Arrêtés du 23 mai 2026 (Journal officiel du 28 mai 2026) — remboursement de Wegovy® et Mounjaro® en France